90 - Les préparatifs, les au revoir.

Publié par Lili Plume

Commence alors la période la plus douloureuse de ce début de projet. Au sens propre, tout d’abord, avec les vaccins. Il faut se rendre au centre international de vaccination à Lyon, centre qui se souviendra encore longtemps de notre passage. Nathan hurle comme un beau diable en renversant tout autour de lui dans le cabinet, alors que le pauvre docteur tente, à grand peine, d’enfoncer l’aiguille dans son bras. À plusieurs reprises, le personnel d’accueil passe la tête par l’entrebâillement de la porte et demande si tout va bien. Il faut dire que si les vaccins de la fièvre jaune et de la fièvre typhoïde sont indolores, celui de l’hépatite A est franchement désagréable ! On ressort de cette séance de torture penauds, face à une salle d’attente traumatisée et blême. Je me sens obligée de faire un brin d’humour : « N’y allez pas, ils piquent très mal ! »

Et puis, c’est le moment des au revoir. À la famille en Alsace et dans le Sud-Ouest. À nos amis à Lyon à qui on ne cesse de répéter : « Vous viendrez nous voir ! Et de toute façon, on rentrera cet été ! » Pour rester en contact avec tout ce petit monde, je décide de rentrer de plain-pied dans le vingt et unième siècle et faire l’acquisition de mon premier smartphone. S’en suit la création d’un compte Skype, WhatsApp et Facebook ! Dorénavant, plus moyen de perdre notre trace ! Ca nous permettra également de rentrer plus facilement en contact avec les Brésiliens, très friands de ces nouveaux moyens de communication.

Pour cela, je m’invente une nouvelle identité. Je serai dorénavant Lili Plume. Pourquoi Lili Plume ? Je ne sais pas exactement. Deux mots choisis au hasard, certainement pour leur côté mignon et léger…Et peut-être aussi que mon inconscient a estimé qu’une plume dans un pseudonyme, c’était idéal pour aller vivre au pays du carnaval !

Nathan, lui, n’a pas très envie de partir. Il supporte assez mal les fêtes organisées en son honneur. Je vis alors les moments les plus éprouvants de cet avant départ. Le voir courir vers sa nourrice qui l’a élevé depuis tout bébé et se jeter une dernière fois dans ses bras. Assister aux nombreuses embrassades avec sa maîtresse, ses copains et ses amoureuses qui le couvrent de cadeaux. Si jeune et il laisse déjà derrière lui tant de filles éplorées ! Je culpabilise de lui faire subir tout ça, même si le monde entier s’entend pour dire que : « C’est l’âge idéal ! Il va apprendre pleins de langues. Les enfants sont malléables à quatre ans ».

On doit aussi subir la visite des nouveaux propriétaires de notre appartement. Un jeune couple au demeurant très sympathique, mais qui, sous les yeux d’un Nathan inquiet, mesure déjà toutes les pièces de long en large pour y faire des travaux. Notre petit nid si chaleureux ! Fallait-il l’acheter avant de partir? Mais son prix était tellement élevé... Et qui sait, peut- être qu’à notre retour on aura envie de vivre dans une maison…

Vient le jour de mon pot de départ à l’école. Lydia, Camille, Pauline, Jean Marc et Charline sont là. Lydia émue, me tend un album souvenir légendé de toutes ces années passées ensemble :

« Comme ça, tu ne nous oublieras pas trop vite ! »

En le feuilletant, j’ai bien du mal à retenir mes larmes. Toutes nos photos sont là. Celle de la formidable pyramide humaine digne des plus grandes gymnastes russes exécutée dans la classe de Pauline. Une surprise pour son mariage. Et celle offerte à notre directeur préféré pour ses cinquante ans. La fine équipe au grand complet en tenue de plage sur les bureaux de sa classe et derrière nous au tableau noir, la leçon de grammaire du jour : "Les groupes particuliers". C’est vrai qu’on en forme un groupe particulier de copines dans cette école depuis toutes ces années…

Heureusement qu’à cet instant précis le Père Noël, de passage à la cantine ce jour-là pour le traditionnel repas de Noël, fait son apparition dans la pièce pour nous saluer. Il provoque un éclat de rire généralisé qui me fait le plus grand bien!

Je pars également en weekend thalasso au bord du lac d’Annecy avec Clara et Pascaline, mes deux complices de bringue rencontrées au sein de ma troupe de théâtre, il y a bien longtemps. Un weekend de rigolade, de détente, de sorties au casino et en boîte de nuit. Quoi de mieux que les bonnes amies pour se charger à bloc avant d’affronter une nouvelle grande aventure !

On passe Noël chez nous avec nos parents venus pour l'occasion.. Cette semaine est joyeuse. Mais en même temps, la tension est palpable partout et la charge émotionnelle à son paroxysme. On sait tous qu’on ne va pas se revoir avant longtemps, nos parents n’étant pas des voyageurs de l’extrême. Ils ne sont jamais sortis d’Europe. L’appartement est rempli de cartons. Les déménageurs emballent nos affaires sous la haute surveillance de Nathan. Il veut être bien sûr que son énorme bateau de pirate, fraîchement reçu, passe entre de bonnes mains.

Et les tous derniers jours, la famille repartie, Gaétane et Sébastien, un couple de très bons amis, nous hébergent comme trois SDF. On leur lègue une repousse de notre papyrus tentaculaire qui occupait le quart de notre salon. Tous nos proches en ont récupéré d’ailleurs. Comme ça, ils penseront à nous ! Et à notre retour, il sera possible d'en replanter!

On fête la nouvelle année avec Camille, son Jeannot et leurs deux filles qui nous accueillent avec du champagne et des huitres !

La veille de notre départ, Jean Marc et sa femme nous offrent un dernier petit café chez eux. Mon plus ancien collègue dans le métier! Ca me fait tout drôle de lui dire au revoir aujourd'hui...Au moment de partir, il me glisse avec un grand sourire :

-Bon vent ma Gaëlle. Eclate-toi bien là-bas. Tu vas nous manquer!

Alors que notre voiture tourne au coin de la rue, je passe la tête par la fenêtre et leur crie encore:

-À bientôt les amis ! Et surtout restez connectés ! On vous enverra du soleil par Internet !

Et le 2 janvier 2014, au petit matin, on prend un taxi pour rejoindre l’aéroport de Lyon le cœur gros. Une fois assise dans l’avion, je sors de mon sac mon porte clef, sans clef… C’est le résumé de ma vie. Plus de voiture, plus d’appartement, plus de travail. Mon conjoint, mon fils, sept valises et nos meubles qui attendent sagement le grand départ dans le port de Marseille. Tout à reconstruire ailleurs… On a le ventre noué mais la tête pleine de rêves et d’envies pour cette nouvelle vie qui commence… là-bas… quelque part…en pays inconnu…