2 - Il y a des jours comme ça...

Publié par Lili Plume

On est au mois d’avril 2013, le printemps s’installe doucement dans la région lyonnaise. J’adore ce moment de l’année, quand le soleil est de retour. Aujourd’hui c'est vendredi. Les élèves sortent de ma classe pour aller déjeuner :

-Bon appétit maîtresse !

-Bon appétit ! Et à tout à l’heure !

Moi, c’est Gaëlle. Trente-cinq ans, professeur des écoles dans le Nord-Isère depuis quinze ans. Grande, blonde à forte poitrine…Enfin, presque... Disons que j’ai plutôt l’allure d’une longue brindille avec des cheveux châtains très courts. Sportive, baroudeuse, fêtarde et artiste sur les bords, je vis avec mon conjoint et mon fils de quatre ans à quelques pas de mon lieu de travail. La belle vie quoi ! Une vie tranquille où il ne me manque pas grand-chose. Seulement ma famille restée en Alsace et que je ne vois pas assez souvent.

Ce jour-là, je m’apprête à déjeuner dans la salle des professeurs quand mon portable sonne. C’est Maxime. Il me propose un repas en tête à tête. Quelle bonne idée ! Ça n’arrive pas souvent ! Je me dirige alors vers la porte d’entrée de l’école en sautillant, sous les regards interrogateurs de mes collègues :

-Oh ! Le lapin de garenne ! Tu cours où comme ça ?

-J’ai rencard les filles! Ne m’attendez pas !

On se retrouve dans la petite auberge du village voisin. Quand j’arrive, il m’attend en terrasse et me fait signe de la main avec un grand sourire. Deux bières bien fraîches trônent déjà fièrement sur la table.

Maxime, c'est l'homme de ma vie. Mon Hugh Grant à moi. Un grand brun charmant qui supporte toutes mes excentricités depuis maintenant presque huit ans. Et toujours avec beaucoup de patience et de bienveillance. Ingénieur en plasturgie, il conçoit des pare-chocs de voiture. C’est sûr, ça en jette beaucoup moins que "médecin du monde" ou " reporter de guerre" mais je suis toujours extrêmement fière de lui à chaque fois qu’il me montre l’avant ou l’arrière d’un véhicule en déclarant heureux: « C’est moi qui l’ai fait ! ».

Notre histoire, n’ayons pas peur des mots, c’est le Destin avec un grand D. Je suis Alsacienne, lui, Bigourdan. Et pourtant, nos mères nous ont mis au monde la même année, dans le même hôpital, dans le fin fond de l’Alsace ! C’est d’ailleurs le même secrétaire de mairie qui a rédigé nos actes de naissance. On se rencontre par hasard vingt-huit ans après sur Internet. J’habite alors un vieux logement de fonction dans mon école où je ne pensais jamais qu’un homme mentalement équilibré accepterait un jour de me rejoindre. Maxime y dépose pourtant courageusement ses meubles rouges assortis aux miens cinq mois plus tard. Et puis c’est le PACS l’année suivante.

Nathan, notre petit bout, a mes cheveux châtains et les grands yeux marron du facteur. Mais à part ça, c’est la copie conforme de son père. Un petit garçon espiègle et sociable qui nous fait souvent rire.

Je suis donc à table, au soleil, prête à aspirer ma première gorgée de bière salvatrice dans le bonheur le plus total, quand Maxime me lance d’un coup et sans préambule :

" Et si on partait vivre au Brésil … ma chérie?"

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